CAF–Gianni Infantino : pourquoi l’Afrique maintient sa confiance malgré les soupçons qui secouent la FIFA

La Confédération africaine de football (CAF) a choisi de maintenir le cap. Le 6 août 2026, son Comité exécutif a réaffirmé à l’unanimité son soutien au président de la FIFA, Gianni Infantino, au moment même où le dirigeant italo-suisse traverse l’une des périodes les plus délicates de sa présidence. Une décision qui intervient dans un contexte de crise ouverte avec l’Europe autour du projet controversé de FIFA Forward Enterprise (FFE).

Ce soutien africain n’est donc pas anodin. Avec ses 54 associations membres sur les 211 que compte la FIFA, la CAF constitue un bloc électoral majeur à l’approche de l’élection présidentielle de la FIFA prévue en 2027. La question est désormais de comprendre ce qui motive cette fidélité : reconnaissance pour les investissements réalisés en Afrique, stratégie politique, intérêts institutionnels ou véritable conviction quant au bilan d’Infantino ?

Un soutien africain qui ne date pas de la crise actuelle

La décision du 6 août ne constitue pas un changement de position. En avril 2026, les associations membres de la CAF avaient déjà décidé à l’unanimité de soutenir la réélection de Gianni Infantino pour la période 2027-2031.

Quelques mois auparavant, en février, le président de la CAF, Patrice Motsepe, avait publiquement salué les dix années de présidence d’Infantino, présentant ce dernier comme un partenaire fidèle du football africain.

Cette continuité montre que l’appui africain ne repose pas uniquement sur la crise actuelle. Il s’inscrit dans une relation politique et institutionnelle construite depuis l’arrivée d’Infantino à la tête de la FIFA en 2016.

Le principal mérite : l’argent et les opportunités accordés au football africain

Pour comprendre la position africaine, il faut regarder les chiffres.

Selon les données publiées par la FIFA, le programme FIFA Forward devait avoir injecté environ 1,28 milliard de dollars en Afrique à la fin de 2026, dont environ 1,08 milliard directement au bénéfice des 54 associations membres africaines. Entre 2016 et septembre 2025, les investissements atteignaient déjà 1,06 milliard de dollars.

Cette évolution constitue un argument particulièrement puissant pour les fédérations africaines. Dans un continent où plusieurs associations disposent de moyens limités, les financements internationaux permettent de développer les infrastructures, les compétitions, la formation et les programmes destinés aux jeunes.

Le mandat d’Infantino a également coïncidé avec une augmentation de la représentation africaine à la Coupe du monde. Pour l’édition 2026, l’Afrique disposait d’un nombre record de places, avec neuf sélections qualifiées directement et la possibilité d’une dixième via les barrages.

À cela s’ajoutent les nouvelles opportunités offertes aux clubs africains, notamment avec la Coupe du monde des clubs 2025, qui a permis à quatre équipes du continent de se mesurer à des formations venues des autres confédérations. Pour les dirigeants africains, ce bilan est difficile à ignorer. Mais le soutien à Infantino est aussi un choix stratégique

Derrière le football se trouve une réalité politique : les voix africaines pèsent lourd dans une élection FIFA.

Infantino l’a parfaitement compris depuis son arrivée au pouvoir. La FIFA compte 211 associations membres et chaque fédération dispose d’une voix lors de l’élection présidentielle. Le bloc africain représente donc plus d’un quart de l’électorat mondial.

Soutenir Infantino permet par conséquent à l’Afrique de défendre ses intérêts au sein de la gouvernance mondiale du football : davantage de places dans les compétitions internationales, davantage de financements et une représentation accrue dans les instances décisionnelles.

La relation peut ainsi être lue comme un partenariat : Infantino a besoin des voix africaines, tandis que les fédérations africaines ont intérêt à conserver un président de FIFA favorable à l’augmentation des ressources et des opportunités pour les pays moins puissants financièrement.

Le mérite n’efface pourtant pas les zones d’ombre

Le soutien de la CAF intervient alors qu’Infantino fait face à une crise majeure provoquée par le projet FIFA Forward Enterprise. Cette initiative devait permettre à la FIFA de créer une structure commerciale liée à l’exploitation future de revenus commerciaux de la Coupe du monde, avec la participation envisagée d’investisseurs privés.

Le projet a suscité une vive opposition et a finalement été abandonné. Infantino et le secrétaire général de la FIFA, Mattias Grafström, ont ensuite reconnu des erreurs dans le processus et présenté leurs excuses.

L’UEFA, elle, n’a pas considéré ces excuses comme suffisantes. La confédération européenne maintient sa défiance et a même menacé de boycotter certaines compétitions de la FIFA si les garanties demandées ne sont pas apportées.

Le contraste est donc saisissant : l’Europe demande davantage de garanties, tandis que l’Afrique reconfirme sa confiance.

Soupçons : attention à ne pas confondre interrogation et preuve

Les réseaux sociaux et certains commentateurs ont rapidement associé le soutien africain à des accusations de corruption ou d’achat de voix. Ces accusations doivent toutefois être traitées avec prudence.

À ce jour, le fait établi est que la CAF soutient Infantino et que le football africain a bénéficié d’importants financements de la FIFA. Cela ne constitue pas, en soi, la preuve d’un échange illégal ou d’une corruption électorale.

Il existe néanmoins une vraie question de gouvernance : lorsqu’une organisation dépend fortement des financements d’une institution mondiale, peut-elle exercer un contrôle totalement indépendant sur cette même institution ?

C’est cette interrogation qui mérite d’être posée. Elle est plus sérieuse que les accusations non documentées circulant sur les réseaux sociaux.

Ce que l’Afrique gagne, et ce qu’elle risque

Le soutien à Infantino peut permettre à l’Afrique de conserver une influence importante dans les décisions de la FIFA. Les investissements, les compétitions et l’augmentation du nombre de places africaines au Mondial constituent des acquis concrets.

Mais cette proximité comporte également un risque : celui de donner l’impression que les intérêts financiers prennent le dessus sur les exigences de transparence et de bonne gouvernance.

La CAF elle-même a d’ailleurs insisté, dans sa position récente, sur la nécessité de respecter la gouvernance, les procédures régulières et la transparence. C’est probablement là que se trouve le véritable enjeu. Infantino, l’ami de l’Afrique ou simplement un partenaire stratégique ?

La réponse est probablement entre les deux.

Il serait réducteur de prétendre que les dirigeants africains soutiennent Infantino uniquement pour des raisons financières. Les résultats obtenus par le football africain depuis 2016 constituent un argument réel. Mais il serait tout aussi naïf d’ignorer la dimension électorale et stratégique de cette alliance.

Infantino a besoin de l’Afrique pour consolider son pouvoir. L’Afrique a besoin d’un rapport de force favorable au sein de la FIFA pour défendre ses intérêts.

La véritable question n’est donc pas seulement de savoir si la CAF doit soutenir Gianni Infantino. Elle est de savoir si ce soutien s’accompagnera d’une exigence équivalente de transparence.

Car soutenir un dirigeant ne signifie pas nécessairement approuver chacune de ses décisions. Le football africain peut reconnaître les investissements et les avancées obtenus sous Infantino tout en exigeant que les futures décisions de la FIFA soient prises avec davantage de transparence, de consultation et de contrôle.

À l’approche de l’élection de 2027, le soutien africain pourrait ainsi devenir l’un des principaux piliers de la candidature d’Infantino. Mais il pourrait aussi placer la CAF devant une responsabilité historique : ne pas seulement être un bloc de voix, mais devenir un véritable contre-pouvoir capable de défendre les intérêts du football africain tout en exigeant une FIFA exemplaire. C’est probablement là que se trouve la vraie mesure de cette confiance.

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