Procès Dangnivo: Alofa nie les faits devant le parquet

Cour d’Appel de Cotonou: Les temps forts du deuxième jour du procès Dangnivo

Suspendu mardi trois heures après son ouverture, le procès Dangnivo a repris ce mercredi 22 août 2018. A l’ouverture, le président de la cour a ordonné la lecture de la liste des témoins devant comparaitre devant elle.
Au total, une trentaine de témoins sont attendus. Parmi les personnes attendues pour témoigner, on peut citer le deuxième vice-président de l’Assemblée Nationale, Robert Gbian, l’ancien ministre de la justice, Grégoire Akofodji et le syndicaliste Laurent Metongnon.
Sur la longue liste de témoins, seule une demi-douzaine de témoins ont répondu présent à l’appel de la Cour. Une situation qu’a déplorée Me Nicolin Assogba, un des avocats de la partie civile qui s’interroge si le parquet général a fait toutes les diligences pour faire comparaître les témoins.
Où est passé «Priso», témoin clé de la défense ?
A la suite de Me Nicolin Assogba, Me Théophile Zinflou, avocat de la défense, a également déploré l’absence du témoin clé de la défense en la personne de Evouna Atangana dit « Priso ». Il a demandé au parquet général de faire toutes les diligences pour que ce dernier comparaisse.
L’avocat général, Emmanuel Opita, réagissant à la demande de la partie civile et de la défense, a promis de faire en sorte que le syndicaliste Metongnon comparaisse. L’avocat général a jugé que dans les déclarations de Me Assogba, contenaient beaucoup d’insinuations. Des propos qui ont sorti Me Assogba de ses gongs.
L’avocat de la partie civile a maintenu ses propos, insistant que le parquet général n’a pas fait toutes les diligences.
Sur l’absence du témoin Evouna Atangana, Me Zinflou pense qu’il suffira d’interroger le colonel Degbe pour savoir sa position. Interrogé par la Cour, le colonel a déclaré avoir vu  » Priso », il y a plus de six mois. Une réponse qui ne semble pas convaincre Me Zinflou qui a demandé à la cour de lui donner acte de cette déclaration du Colonel Degbe.

Me Yansunnu, un autre avocat de la défense, lui, est convaincu qu’on peut mettre la main sur le témoin « Priso » en interrogeant le Colonel Séverin Koumassegbo qui aurait mis à la disposition de ce dernier un garde du corps.
Sans laisser le Colonel répondre à cette allégation de l’avocat de la défense, le président de la Cour a décidé de la suspension de l’audience. Ceci, afin de faire comparaître, le syndicaliste Metongnon.
L’expert a «procédé par postulats»
S’agissant du rapport d’expertise, la défense, par l’intermédiaire de Me Magloire Yansunnu, a fait observer que des prélèvements n’ont pas été effectués sur les accusés pour vérifier la présence ou non de leurs empreintes sur le corps sans vie exhumé à Womey.
Évoquant également le rapport d’expertise, Me Olga Anasside, avocate de la partie civile, s’est offusquée du fait que dans le rapport, l’expert ait « procédé par postulats » et non sur des bases scientifiques solides.
L’audience est donc suspendue depuis 9h 55
12 h’ : reprise de l’audience après 2 heures de suspension
Cité à comparaître en qualité de témoin, le syndicaliste Laurent Metongnon est présent dans la salle depuis une heure.
Également invité à comparaître, le médecin légiste Clément Kpadonou s’exprime actuellement devant la Cour. Le médecin explique qu’il est un peu souffrant et qu’il souhaiterait pouvoir rentrer pour cette raison.
A cette demande, le parquet général n’a pas d’objection. La défense non plus. Par contre, la partie civile a indiqué que « l’audition des experts sera le point d’ancrage » de son argumentaire. La cour a donc demandé que le professeur Clément Kpadonou reste à sa disposition.
La partie civile a souhaité également que le professeur Laleye soit présent.
Laurent Metongnon : de «témoin» en «sachant»
Cette qualité de partie civile est remise en cause par le ministère public. Emmanuel Opita estime que Laurent Metongnon a porté plainte en qualité de responsable syndical et qu’il n’a plus ce titre. Il poursuit en disant que si Metongnon doit rester, il devrait l’être en qualité de témoin.
La défense, pour sa part, juge que Laurent Metongnon ne peut être cité comme témoin.
La cour, après les débats, retient que Laurent Metongnon comme « sachant »
Appelé à attendre dans la salle des témoins, le syndicaliste Metongnon a indiqué qu’il n’est pas témoin dans le dossier mais plutôt partie civile pour avoir porté plainte contre X après la disparition.
Alofa à la barre !
Dans cette affaire, Codjo Alofa et Donatien Amoussou sont les deux principaux présumés coupables.
Après la lecture des faits, le président Arsène Dadjo a appelé à la barre, Kossi Codjo Alofa.Il lui est demandé s’il reconnaît les faits. Sa réponse: «je ne reconnais pas les faits». Au tour de Donatien Amoussou. Reconnait-il les faits mis à sa charge? « Jamais », a-t-il répondu
À nouveau Alofa à la barre.
La cour lui demande pourquoi est-ce qu’il nie aujourd’hui les faits alors qu’il les avait reconnus avant. Il répond qu’on lui avait demandé de le faire. Par qui?  » Lucien Degbo, Prince Aledji », révèle-t-il. Ces personnes lui auraient demandé de reconnaitre les faits sur instigation de leur chef dont il dit ignoré le nom. Il raconte comment il a été embarqué dans l’affaire.
A l’en croire, c’est après qu’il ait été arrêté pour tentative de vol d’une moto qu’il a été embarqué dans le dossier.
Dans son récit, il explique qu’il a été utilisé pour détourner l’attention de la population qui accusait le pouvoir du président Yayi d’être derrière la disparition de Pierre Urbain Dangnivo
Il dit avoir été convaincu par Lucien Degbo. Ce dernier lui aurait promis de le faire libérer rapidement, avant 2011, et une somme de 25 millions s’il acceptait de porter la responsabilité de la disparition du cadre du ministère des finances.
Il dit avoir accepté également de porter le chapeau sous la menace du commissaire Prince Aledji qui lui aurait jeté à la figure: « un prisonnier reste un prisonnier ».
Il poursuit en indiquant que les déclarations qu’il avait faites à l’époque, déclarations qui seraient contradictoires à ses dires, lui ont été dictées. Il dit qu’il ne sait même pas d’où vient le corps qui a été retrouvé à son domicile. Il affirme que tout a été fait avant qu’il ne soit invité à reconnaître les faits. Il cite comme preuve, le fait que ce soit Lucien Degbo qui était devant le jour de l’exhumation du corps à Womey. Il dit que c’est le commissaire Prince Aledji qui lui a demandé d’impliquer Donatien Amoussou qu’il dit ne pas connaître auparavant.
Selon lui, le commissaire Aledji lui aurait que Donatien Amoussou faisait partie du coup depuis le début et que c’est parce qu’il était « agité » qu’il avait été écarté. Il indique que lors de sa mise sous mandat de dépôt à la prison civile de Misserete, il a reçu la visite de Lucien Degbo qui lui aurait faire parvenir par l’intermédiaire du gardien chef, de la nourriture puis de l’argent 58 000
Selon ses dires, c’est quand il s’est rendu compte de ce que Lucien Degbo et Prince Aledji n’étaient pas en train de tenir parole quant au fait qu’il ne fêterait pas en prison qu’il a décidé de revenir sur ses pas en niant les faits.
Il déclare devant la cour que c’est après plus de deux ans de détention en isolement, et sous la menace de tout révéler, qu’il a été transporter un matin dans une voiture climatisée vers le Togo.
Il dit qu’on lui avait demandé de ne plus revenir au Bénin. Chose qu’il dit avoir jugé absurde d’autant plus qu’il est Béninois. Il confie que c’est surpris qu’il a appris qu’il s’était évadé de la prison.
Il dit que c’est lui-même qui s’est rendu dans une prison pour demander son transfert à Cotonou. Il affirme avoir été détenu par la police togolaise pendant 17 jours avant d’être extradé au Bénin.
Après cette nouvelle déclaration, le ministère public lui a demandé de savoir, vu les variations dans ses déclarations, laquelle retenir. Il a répondu la présente.
Le ministère public poursuit en lisant une déclaration contradictoire de Alofa. Cette déclaration date du 25 octobre 2011. A l’époque, il aurait déclaré que:  » contrairement à ce que j’avais déclaré, j’ai assisté à l’assassinat de Pierre Urbain Dangnivo ».
Reconnaît-il avoir fait cette déclaration ? « Non », a-t-il répondu. Le ministère public insiste sur la déclaration. La réponse de l’accusé ne change pas.  » A la date du 25 octobre 2011, on ne faisait plus des dépositions mais plutôt des confrontations. Je ne me rappelle pas avoir fait cette déclaration ».
Le ministère demande à nouveau à Alofa s’il reconnait avoir déclaré que le 17 août 2010, il a eu un appel téléphonique avec Dangnivo et lui a donné rendez-vous à son domicile ? Alofa répond que oui. Mais il précise que c’est le scénario qui lui avait été écrit.
Il faut dire que Kossi Codjo Alofa parle en langue Nationale fon et la traduction pose un problème. L’interprète indépendant qui jouait ce rôle a montré ses limites.
A la quête d’un nouvel interprète, Me Zinflou, avocat de la défense s’est proposé. Mais Me Aboubacar Baparape, avocat de la famille, a souhaité que la cour suspende l’audience afin qu’un interprète indépendant soit trouvé. Cela, a-t-il dit, pour que l’interprétation soit fidèle.
Prenant acte de la demande de Me Baparape, le président de la Cour d’assises a plaide auprès de Me Baparape pour que la dame qui assurait l’interprétation se poursuive en attendant qu’un autre soit trouvé.
Demande à laquelle Me Baparape a accédée. Le ministère public a souhaité qu’un autre soit trouvé dans l’assistance.

AHOHOU

actu bénin info

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