Crise politique togolaise : l’approche ‘‘perdant-perdant’’ de la ‘‘Nouvelle Vision’’ de Kodjovi Thon

Dix mois maintenant que le Togo vit au rythme des manifestations de rue, dix mois de tension politique entre pouvoir et opposition divisés sur la question des réformes constitutionnelles et institutionnelles. Entre un dialogue politique à l’agonie et une Communauté…

Dix mois maintenant que le Togo vit au rythme des manifestations de rue, dix mois de tension politique entre pouvoir et opposition divisés sur la question des réformes constitutionnelles et institutionnelles. Entre un dialogue politique à l’agonie et une Communauté de chefs d’Etat qui suivent de près la situation, les Togolais sont partagés entre espoir et résignation. On parle de recommandations qui pourraient être issues du prochain sommet de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Cédéao. S’achemine-t-on vers une décrispation ou un enlisement de la crise ? Dr Kodjovi Aubin Thon, président de la « Nouvelle Vision » propose une nouvelle thérapie pour une sortie de crise durable.

Déjà en septembre 2017, il indiquait la voie. La philosophie de Dr Kodjovi Aubin Thon n’a pas changé depuis là. Le président de ‘‘Nouvelle Vision’’ s’est encore exprimé sur la crise politique togolaise dans un entretien télévisé, une émission qu’il est utile de revisiter à travers cet article.

D’abord sur l’opportunité ou non des manifestations de rue, il est sans équivoque! « Les Togolais prennent la rue parce qu’ils dénoncent des conditions de vie déplorables. Ils sont dans la rue pour contester la gouvernance. Enfin les manifestations de rue trouvent leur justification en ce que les attentes du peuple n’ont été toutes comblées », a-t-il déclaré dans l’émission New World Forum, présentée par Gilles Bocco. Toutefois, relativise-t-il, « s’il est bon de prendre la rue, il est mieux de réfléchir à des formules pour trouver la solution au problème qui pousse à prendre la rue ». La solution au problème posé, voilà la quadrature du cercle. Et c’est pour cela que Dr Thon pense que « chacun a sa façon d’exprimer son mécontentement ». « Pour certains, poursuit-il, c’est la manifestation de rue, pour d’autres, il faut réfléchir et trouver des idées pour résoudre le problème, tandis que pour d’autres encore, la recherche de moyens pour aider à régler le problème, reste la première préoccupation ».

Identifier tous les acteurs impliqués dans la crise

Pour ce Togolais qui compte faire profiter son expertise acquise essentiellement aux États-Unis, le peuple a déjà fait sa part en exprimant ses aspirations. Il appartient désormais aux leaders politiques de réfléchir à comment résoudre l’équation, car « la rue ne gouverne pas ». Il faut donc des stratégies appropriées qui, d’après ‘‘Nouvelle Vision’’, se déclinent en trois axes. Une première étape qui consiste à identifier tous les acteurs impliqués dans la crise. « Le dialogue aurait pu être un début de solution, mais les gens ont commis l’erreur de n’avoir impliqué que deux acteurs (pouvoir et opposition, ndlr) de la crise », explique-t-il. Il faut ensuite comprendre et maîtriser les inquiétudes de chaque acteur, pour enfin trouver une solution résultante qui satisfasse tout le monde tout en s’assurant la continuité de l’Etat.

Les acteurs impliqués dans la crise sont, selon Dr Thon, le pouvoir, l’opposition, la masse générale, la diaspora, les multinationales et la Communauté internationale. « Tous ces acteurs doivent être pris en compte dans la recherche de solution à la crise parce que chacun d’eux a des intérêts dont il faut absolument tenir compte ».
Quant à l’armée, le patron de ‘‘Nouvelle Vision’’ considère qu’on ne doit pas faire d’elle « un acteur politique mais un outil de la politique », ajoutant que « quoi qu’on dise, l’armée est un outil pour le pouvoir quel que soit celui qui gouverne ».

‘‘Une ambition inappropriée’’

L’autre point d’achoppement des discussions entre pouvoir et opposition reste la question du départ immédiat ou de la non-représentation du président actuel au scrutin de 2020. « Cette exigence est une ambition inappropriée », défend Kodjovi Thon expliquant que cela pourrait amener les gouvernants actuels à pratiquer la politique de la terre brûlée avant 2020. « Si ceux qui sont au pouvoir actuellement se sentent menacés, alors leur réaction sera d’être braqué et ce sont les caisses vides qu’ils laisseront à ceux qui viendront après eux », soutient-il.

Alors concrètement que proposent Dr Thon et sa “Nouvelle Vision” pour une sortie de crise? « Il faut un gouvernement de compétences pour les deux prochaines années, qui s’ouvre à tous les acteurs qui aspirent à diriger les affaires de ce pays », propose-t-il, car « cela aura l’avantage de permettre aux différents acteurs de se connaître et de se rassurer mutuellement ». Une proposition qui résonne comme le souhait d’une période de transition ainsi que le demandent certains acteurs de l’opposition. Dr Kodjovi Thon s’explique: « gouvernement d’union nationale, gouvernement de compétences, ce ne sont que des mots, tout ça. Il faut sortir des concepts politiques pour proposer de véritables alternatives au peuple qui n’a besoin que du pain et de l’eau. La transition suppose qu’il y ait rupture dans le fonctionnement de l’Etat, or nous ne sommes pas dans ce cas. Le président actuel est élu pour un mandat qui court jusqu’en 2020 ». Selon le président de ‘‘Nouvelle Vision’’, en l’état actuel des choses, tous les acteurs impliqués dans la crise togolais ont perdu et devraient le reconnaitre pour « laisser émerger une nouvelle vision ». « Ce serait alors une option qui n’avantage ni le pouvoir ni l’opposition, mais qui avantage le peuple dont l’intérêt est le seul qui compte. On appelle ça une approche perdant-perdant. Ainsi, en fin de compte, tous les acteurs y gagnent même sans s’en rendre compte », a-t-il expliqué.

« Stratégiquement, le travail qui doit se faire aujourd’hui, c’est la sensibilisation. Ce n’est pas de dire quand est-ce que vous partez pour que nous venions, mais c’est assurer la continuité de l’Etat et s’assurer aussi que l’élection de 2020 donne des résultats-solution », a poursuivi le président de Nouvelle Vision, ajoutant que « cela peut se faire avec ou sans le président actuel. Inutile d’approfondir cet angle de la chose. Ça s’appelle des secrets politiques », a conclu celui qui s’est positionné depuis 2016 déjà, comme candidat à ce scrutin.

Ambroise D.

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